Chapitre 6 - Putain que ça fait mal !

Publié le par Sabrina Richard Auteur

Je ne garde aucun souvenir des heures qui ont suivi… C’est Sam qui m’a raconté tout ça, une fois que j’ai été en état de l’entendre…

Je suis restée dans le brouillard plusieurs heures grâce à mon voisin du dessus, toubib de son état et homosexuel jusqu’au bout des ongles.

Dès que Jean-Laurent avait vu que je tombais dans les pommes, il avait bousculé les flics et foncé dans l’escalier pour prévenir Tata Bob.

Ce dernier m’avait fait une piqure de Valium et m’avait portée jusqu’à mon lit. Il avait ensuite demandé aux policiers de lui laisser le numéro de téléphone du légiste afin qu’il puisse prendre contact directement avec lui. Ils avaient accepté, non sans préciser qu’il était important que je vienne faire la reconnaissance du corps au plus vite.

Ce n’est que vers 17h ce soir-là que j’émergeais de la bouillie chimique que Bob m’avait injectée.

Il n’y était pas allé de main morte, si j’ose dire…

J’ouvris les yeux difficilement, clignais deux ou trois fois des paupières avant d’arriver à faire le point et que ma vision ne soit plus floue. La première personne que je vis était Laura… ma douce et fragile Laura, qui triturait un kleenex et mettait des morceaux de mouchoir partout sur mon couvre-lit.

— Fais gaffe ma puce, c’est super dur à enlever ce truc, articulais-je avec difficulté.

Ma gorge était en feu et me grattait affreusement. Je ne savais pas que le Valium avait cet effet secondaire, faut dire que c’était la première fois que j’en prenais…

— M’man ? fit ma cadette en levant les yeux vers moi.

— Passe-moi un verre d’eau s’il te plaît.

Elle me tendit celui qu’elle avait judicieusement mis sur ma table de chevet.

Je le vidais d’une traite et en réclamais un autre dans la foulée. Elle partit en courant vers la cuisine et je l’entendis échanger quelques phrases avec quelqu’un, mais sans en comprendre le sens. Parlaient-ils de Charles ?

D’ailleurs, il était où celui-là ?

Ma mémoire vacillante me rappela que j’avais eu une crise de nerf, sûrement à cause d’un truc qu’il avait fait, vu que deux flics s’étaient pointés chez moi, mais impossible de me souvenir de quoi il s’agissait.

— Voilà m’man. Je t’ai apporté une carafe pour que tu puisses te servir.

— Merci ma puce.

J’avalais le second verre plus lentement, prenant mon temps afin de laisser mes souvenirs refaire surface, puis je reposais le verre et regardais ma fille.

Elle était effondrée…

Je savais que ça avait dû lui faire un choc de me voir m’évanouir d’un coup, mais quand même, sa réaction était disproportionnée ! C’était pas comme si j’avais fait une crise cardiaque et que j’étais sur mon lit de mort !

Et là, à cet instant précis, les souvenirs ont jailli telle une comète traversant le ciel étoilé. Une énorme comète, ou plutôt un astéroïde, de ceux qui fracassent toute vie sur Terre, de la même famille que celui qui a mis fin au règne des dinosaures… Vous voyez de quoi je veux parler ? Du truc tellement énorme que vous en avez le souffle coupé.

Tout m’est revenu d’un coup.

La discussion avec Charles avant mon départ en catastrophe pour l’entraînement de rugby de notre fils, mon retour à la maison, la complicité que j’espérais avoir retrouvé avec notre fille, les flics accompagnés du boulanger qui sonnent à la porte, et mon cri… Mon cri qui résonnait maintenant à mes oreilles et à travers tout l’appartement.

— Sam ! Elle recommence ! hurla Laura.

Des bruits de cavalcades remontèrent vers nous à travers le couloir. Plusieurs personnes firent irruption dans ma chambre. Je vis mon fils, mais il avait l’air totalement affolé, je ne l’avais jamais vu comme ça. Tata Bob était à mes côtés également. Il ouvrait une petite sacoche et en extirpait un flacon et une seringue.

Je hurlais de plus belle, et me débattais, je ne voulais pas qu’il me refile sa drogue ! J’essayais de repousser les couvertures pour me lever, mais Sam m’agrippa fermement les bras et les maintint le long de mon corps.

L’aiguille s’enfonça dans mon bras en me faisant un peu mal. Le liquide se répandit dans mon organisme, brulant mes muscles au fur et à mesure de sa progression.

Vaincue, je reposais la tête sur mon oreiller et levais les yeux vers Sam, qui avait repris sa place au pied du lit.

Je sentis qu’un truc clochait dans ce que je voyais… Comme un détail insolite, qui ne collait pas avec le reste.

Après deux ou trois secondes, je finis par comprendre.

Se tenant près de Sam, un bras sur ses épaules, ma belle-doche me regardait avec un air de pitié dans ses yeux larmoyants…

Avant que mes paupières ne se ferment sous l’effet de l’anxiolytique, je l’entendis qui marmonnait :

— Votre mère aime vraiment se donner en spectacle ! À croire qu’elle est la seule à souffrir ! Une fois que tout sera réglé les enfants, je vous promets que vous n’aurez plus à endurer tout cela !

 

 

© Sabrina Richard – « Souviens-toi de nous ! »

Publié dans Chapitres

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