Chapitre 8 - Derniers adieux et mises au point

Publié le par Sabrina Richard Auteur

Maître Rubin me rappela sur les coups de dix-neuf heures, alors que je comatais sous la couette. Après lui avoir expliqué ce qu’il se passait, il me donna quelques éclaircissements sur la situation et ce que nous pouvions entreprendre.

À ma grande surprise, oui, ma belle-doche avait tout à fait le droit d’organiser les funérailles de mon mari sans m’en parler au préalable, et pouvait également régler l’ensemble des frais sans que j’aie à débourser un centime.

Ce qu’elle n’avait pas le droit en revanche c’était de me piquer mes gosses ! Je pouvais donc les récupérer sans craindre les foudres de qui que ce soit et en toute légalité. Après tout, j’étais leur mère et elle la grand-mère… Légalement elle n’avait aucun droit sur eux.

Et toc ! Prends ça dans ton dentier !

Toutes ces bonnes nouvelles me remontèrent un peu le moral et, après avoir mis fin à la conversation, je décidais de me faire réchauffer un peu de soupe et mangeais en matant les infos.

Le Monde allait mal… Des guerres à n’en plus finir, des virus bizarres qui refaisaient surface, des insurrections civiles, des coups d’État, des inondations et des sécheresses aux quatre coins du globe…

Le seul point positif quand on regarde un JT c’est que l’on apprend à relativiser. Certes je venais de perdre mon mari, ma belle-mère avait kidnappé mes gosses et voulait me faire passer pour une dingue, mais face à l’ampleur de ce que subissaient des millions de personnes…

Une nouvelle vague de larmes se faisant sentir, je respirais à fond et déposais mon bol dans l’évier.

J’allais ensuite faire un tour sur mon ordi, checkais mes mails, répondant à certains, ignorant les autres et partais me coucher alors qu’il n’était pas encore 21h.

Je redoutais de toute mon âme la journée de demain, même si je savais que mon avocat serait là pour me soutenir et que j’allais revoir mes enfants…

***

À huit heures le lendemain j’étais fin prête et sortais en trombe de l’appart’. La cérémonie était dans deux heures, mais mon avocat souhaitait me parler avant.

Une demi-heure plus tard, nous étions installés dans un café, à cinq minutes à pied du crématorium.

— Bonjour Valérie. Après notre conversation d’hier soir j’ai contacté un huissier de justice et obtenu qu’il soit présent à vos côtés en cas de problèmes. Si votre belle-famille fait des difficultés et refuse de vous rendre Sam et Laura, il dressera un procès-verbal que nous pourrons utiliser lors d’une audience en référé.

— Vous pensez qu’il faudra en arriver là ?

— Nous ne sommes encore sûrs de rien. Marie-Chantal nous a montré qu’elle remettait en doute votre autorité ainsi que votre santé mentale. Par contre, ce qu’elle oublie, c’est que la Loi n’est absolument pas de son côté. Les grands-parents n’ont aucun droit parental sur leurs petits-enfants, à moins qu’un juge en décide autrement, et encore !

— Donc en toute logique je peux récupérer mes enfants ?

— Tout à fait ! Je peux vous garantir que si elle se met en travers de notre route, elle le regrettera ! Nous pouvons faire établir des attestations médicales prouvant que vous n’avez jamais souffert de dépression ou d’une autre pathologie psychiatrique. Vos amis et voisins peuvent également apporter leur soutien en attestant par courrier, ou à la barre que vous êtes une bonne mère. Vous avez des revenus réguliers grâce aux ventes de vos livres et vous offrez à vos enfants, depuis leur naissance, un foyer stable et aimant. Il n’y a donc aucune raison pour qu’un juge vous retire la garde exclusive !

— C’est une excellente nouvelle et ça me rassure… J’ai déjà perdu Charles, si en plus je perdais mes gosses, je crois que je me foutrais en l’air…

— Ne dites surtout pas ça devant votre belle-mère, ça ne ferait que conforter ses positions.

— Promis, je garderais ça pour moi.

— Contenez-vous devant elle. Restez digne ! Vous êtes là pour dire adieu à Charles et reprendre vos enfants. Si quelqu’un doit montrer son autorité aujourd’hui ce sera moi, et l’huissier qui nous accompagnera. Il veillera à ce que tout se passe le mieux possible.

— J’espère que vous avez raison, Maître…

***

Je n’étais jamais venue au cimetière du Père-Lachaise. Bien sûr, comme tout à chacun je sais que de nombreuses personnalités y sont enterrées, mais ça ne m’a jamais effleuré l’esprit d’aller visiter leurs tombes…

Pourtant, alors que nous remontions les allées en direction du crématorium, je ressentis une certaine sérénité m’envahir. Je croisais les tombeaux d’Édith Piaf, de Modigliani, de la spirite Bonne Maman (qui a eu la bonne idée d’en faire une marque de confiture ?) ou encore de Jean Nohain, et j’avais la sensation qu’ils me soutenaient dans ma douleur, me promettant que tout se passerait bien.

Je respirais à fond, me laissant bercer par le chant matinal des oiseaux et passais les portes du Columbarium.

Au centre du monument se dressait le crématorium, j’en fis le tour et vis, juste devant l’entrée, mes beaux-parents accompagnés de mes deux loupiots, et, à leurs côtés, un homme dont je me doutais qu’il s’agissait de l’huissier de justice.

Sam et Laura se libérèrent de l’étreinte de leurs grands-parents et coururent vers moi à toutes jambes. Ils faillirent me faire basculer en arrière sous la force de leur amour. Nous nous embrassâmes comme si nous ne nous étions pas vus depuis des mois, pleurant à chaudes larmes, sans aucune retenue.

— Je vous avais bien dit qu’elle allait se faire remarquer ! dit Marie-Chantal à l’huissier. Il faut toujours qu’elle attire l’attention, c’est plus fort qu’elle !

— Madame, s’il-vous plaît, essayez de vous contenir.

— De quel droit me dictez-vous ce que j’ai le droit de dire ou faire ? Vous avez un de ces toupets !

— Je suis assermenté par l’État et je vous rappelle que je suis là pour m’assurer que tout se passe dans les règles. Je vais donc noter tout ce qu’il va se passer pendant les quelques heures que vont durer la cérémonie… y compris vos réactions et commentaires, ainsi que ceux de votre belle-fille.

— Inutile de le prendre sur ce ton ! Je suis une dame du monde et je n’accepterai jamais que l’on me parle ainsi, qui plus est devant mon mari et mes petits-enfants et alors même que je vais assister à la crémation de mon fils !

L’huissier lui jeta un dernier regard et commença à remplir le brouillon de son procès-verbal.

— Georges ! fit-elle en se retournant vers son mari qui l’écoutait d’une oreille distraite, du moins en apparence. Tu entends comment ce fonctionnaire s’adresse à moi ? Dis quelque chose pour l’amour du Ciel !

— Je crois que tu en as assez fait comme ça, à ta place je me tairais ! Ne vois-tu pas que ton comportement est ridicule ? Tu crois être la seule à souffrir dans l’histoire ? Le chagrin de Madame est au-dessus de celui de toutes les autres personnes rassemblées ici ? Je te rappelle que Valérie vient de perdre le seul homme son époux ! Et je ne parle même pas de Sam et Laura qui ne reverront jamais leur père ! Pense un peu aux autres pour changer ! Arrête de te regarder le nombril et boucle là, ça nous fera des vacances !

— Mais enfin, Georges !

— J’ai dit boucle-là ! rugit-il en la foudroyant du regard.

En un instant Marie-Chantal parut se ratatiner sous nos yeux. Je la regardais partir bouder dans son coin, comme si on lui avait, d’un coup, retiré tous ses privilèges de petite fille pourrie gâtée. Depuis le temps que j’attendais que mon beau-père lui mette les points sur les i ! Je m’approchais de lui et l’embrassais sur la joue.

— Merci Georges, je crois qu’elle a enfin compris, lui dis-je tout en lui serrant les mains.

— N’y compte pas trop… Après plus de quarante ans de mariage, je peux te dire que c’est une coriace et qu’elle ne va pas lâcher le morceau aussi facilement !

— Je ne comprends pas pourquoi tu restes marié à un tel dragon.

— Chaque chose en son temps ma chérie, aujourd’hui nous accompagnons Charles…

Un employé des pompes funèbres fit son apparition à nos côtés et nous demanda de bien vouloir entrer dans la Salle de la Coupole afin que la cérémonie puisse commencer.

Des dizaines de personnes que je n’avais pas remarquées en arrivant nous emboitèrent le pas. Je les regardais, essayant de reconnaître des visages que j’aurais pu croiser lors d’anciennes réceptions ou cocktails. Il me fallut plusieurs secondes pour que mon regard tombe sur la seule personne que je ne voulais absolument pas voir : Danielle ! Je fis signe à Sam, qui partit d’un pas rapide vers l’intruse.

Alors que je passais les portes du crématorium je marquais un temps d’arrêt et me retournais vers eux. Il lui faisait signe de partir, et je compris qu’il lui expliquait qu’elle n’était pas la bienvenue ici. Elle voulut parlementer mais mon fils se montra inflexible et, vaincue, elle tourna les talons et s’en alla.

Soulagée, j’entrais dans le bâtiment et remontais un long couloir au sol gris anthracite qui amortissait les claquements des talons de ces dames. Les murs étaient en belle pierre de taille et l’éclairage tamisé donnait à ce lieu la quiétude que l’on était en droit d’attendre en de pareilles circonstances.

Les gens rassemblés dans le couloir m’attendaient pour passer les doubles portes. Je franchis le seuil et regardais autour de moi.

La salle était majestueuse, toute en colonnade et vitraux représentant des fleurs pour certains, de simples mosaïques de couleurs pour d’autres. Nos pas résonnaient sur le sol en marbre bleu et blanc alors que nous suivions les conseils de placement des agents des pompes funèbres. La famille fut placée dans les premières rangées à droite alors que les amis et collègues s’installèrent sur la gauche de l’autel.

Le cercueil dans lequel reposait le corps de mon mari était placé sur des tréteaux recouverts d’une belle nappe couleur bleu nuit, juste devant les quelques marches où se tenait le prêtre qui allait officier.

L’organiste commença à jouer une musique douce, et le brouhaha des conversations et des chaises que l’on déplace se turent. La cérémonie pouvait commencer…

***

Dieu que ça avait été long !

On pouvait dire que Marie-Chantal avait mis le paquet !

Pendant plus d’une heure et demie, des gens, que je n’avais jamais vus de ma vie, mais qui avaient croisé celle de Charles, défilèrent et lurent des textes à sa mémoire. Des chants furent entonnés, des psaumes récités et des prières invoquées durant la messe du souvenir.

Le prêtre nous rappela la vie de Charles, parla de son métier d’avocat, de sa passion pour le droit et le golf, de moi, de ses enfants et bien entendu de ses parents… Ma belle-mère laissa échapper (volontairement ?) de lourds sanglots qui résonnèrent dans tout l’édifice pendant près de cinq minutes, jusqu’à ce que Georges lui dise de se calmer. Il prononça ces mots d’une voix sourde, mais grave et les deux ou trois rangs derrière nous n’en loupèrent pas une miette… De quoi alimenter les cancans de leur cercle d’amis pendant plusieurs semaines !

Après une dernière prière et la bénédiction du prêtre, nous fûmes invités à nous approcher du cercueil et à faire nos derniers adieux…

Je ne m’appesantirai pas sur ce que j’ai dit à Charles… ça ne regarde que nous…

Une fois les derniers recueillements terminés, des porteurs firent leur apparition et emmenèrent le cercueil par le catafalque. La crémation allait avoir lieu. Il était interdit d’y assister et cela me convenait parfaitement.

Nous avions la possibilité d’attendre dans une salle annexe pour un « temps de convivialité » comme ils disent… Tu parles si c’est convivial de boire un verre et de bouffer des petits fours en attendant de recevoir les cendres d’un défunt !

Je fis signe aux enfants que je sortais quelques minutes et Georges m’emboita le pas.

Une fois dehors, je sortis une cigarette et mon beau-père me tendit son briquet.

— C’était une belle cérémonie, me dit-il tout en allumant sa clope à son tour.

— Oui… si tant est que l’on puisse trouver ça beau, lui rétorquais-je.

— Je te prie de bien vouloir accepter mes excuses pour le comportement de Marie-Chantal… Elle n’arrive pas à se remettre du choc. Charles était notre unique enfant…

— Je comprends sa peine et sa douleur, mais j’aimerai qu’elle comprenne que moi aussi je souffre, et les gosses aussi. Elle n’a pas le monopole du chagrin !

— C’est ce que je lui ai dit tout à l’heure, mais tu la connais…

— Malheureusement oui…

Il rit en entendant ma remarque et poursuivit.

— Tu sais, j’ai bien essayé de lui faire entendre raison, mais c’est une vraie tête de mule !

— C’est-à-dire ?

— Je ne voulais pas qu’elle embarque les petits. J’ai tout fait pour la dissuader, mais elle m’a envoyé sur les roses. Elle pense que nous sommes capables de mieux les élever que toi ! Comme si la mort de leur père ne suffisait pas, il faudrait aussi qu’on les arrache à leur mère !

— Je ne m’étais donc pas trompée ! Elle veut la garde exclusive !

— Oui… Mais je peux t’assurer qu’elle ne l’obtiendra pas… J’ai quelques as dans mes manches et je suis prêt à m’en servir si c’est nécessaire.

— Tu as des quoi ?

— Des as ! Ou des atouts, comme tu veux ! Marie-Chantal n’est pas blanche comme neige, elle a des cadavres dans le placard ! Oh, pardon, c’est pas le truc à dire, surtout ici…

— Pas de problème, après tout nous sommes entourés de cadavres, ça ne me choque pas. De quels secrets inavouables parles-tu ?

— Pas maintenant ma chérie. Mais si tout ça dégénère, tu pourras compter sur moi..

— Merci, je suis contente de l’entendre. Je ne savais pas que tu étais de mon côté. J’ai toujours pensé que c’était elle qui portait la culotte dans votre couple, que tu étais un époux passif, résigné…

— Cela a été le cas pendant des décennies… Qu’est-ce qu’on peut faire comme conneries par amour ! Mais ce temps-là est révolu ! J’ai récupéré mes balloches et je ne vais pas les lâcher de sitôt !

J’éclatais de rire et ça me fit le plus grand bien. Toute la tension accumulée ces derniers jours était en train de s’envoler.

Nous restâmes dehors un long moment, profitant du soleil qui venait de montrer le bout de son nez et du silence qui nous environnait.

Nous finîmes par retourner dans la salle où était dressé le buffet et je commandais un whisky au barman. Alors que j’allais le siffler cul sec, quelqu’un me tapota l’épaule. Je me retournais si vite que je faillis en lâcher mon verre. Juste là, devant moi, se tenait ma belle-mère, la bouche crispée et les joues encore un peu maculées par son mascara qui, apparemment, n’était pas waterproof.

— Je voulais vous présenter mes condoléances, me lança-t-elle. Au moins, vous ne pourrez pas dire que je n’ai pas fait preuve de compassion !

La garce !

— Je vous remercie, lui répondis-je sèchement. Mes condoléances également.

— Vous êtes gentille…

Un ange passa. Nos regards étaient soudés, et il était hors de question que je cède la première en baissant les yeux.

— J’ai pris une décision qui, je l’espère, vous fera plaisir, enchaîna-t-elle.

— Je vous écoute.

— En geste de bonne volonté et pour vous montrer que, contrairement à ce que vous pensez, j’ai moi aussi un cœur, j’ai décidé de vous faire don de l’urne de Charles.

— Vous m’en faites don ? Vous vous fichez du monde ! Cette urne me revient de droit, elle ne vous appartient pas !

— Que vous croyez, jeune fille ! Seule la personne ayant organisé, et donc payé, les funérailles est propriétaire de l’urne ! Si vous ne me croyez pas, vous n’avez qu’à demander à votre avocat !

Estomaquée je le cherchais des yeux mais ne le voyait nulle part.

Ah si ! Là-bas, au fond de la salle, me tournant le dos.

J’avais envie de hurler son nom, mais il parait que ça ne se fait pas, que ce n’est pas bien élevé.

Après tout, qu’est-ce que j’en avais à foutre des convenances !

— Maître Rubin, criais-je par-dessus la tête des gens rassemblés autour de nous.

Il se retourna et voyant que je lui faisais signe, nous rejoignis en quelques secondes.

— Un problème, madame ? me demanda l’huissier qui m’avait entendu.

Préférant m’adresser à mon avocat, j’attendis qu’il nous rejoigne.

— Jean-Alex, ma belle-mère m’informe qu’elle est légalement la propriétaire des cendres de mon mari ! Est-ce exact ?

— Oui…

— Comme c’est possible ? C’est moi la veuve, elle n’est que la mère !

— Et la Loi l’a reconnaît comme personne ayant la qualité d’organiser des funérailles… Il s’agit d’une très vieille loi datant de 1887, mais qui est toujours en vigueur. Après le décès vous n’étiez pas en état de vous occuper des formalités inhérentes au devenir du corps et Charles n’avait apparemment rien spécifié par écrit. Votre belle-mère a, de fait, signé tous les documents et payé la cérémonie ainsi que tous les frais annexes. Elle est donc légalement propriétaire des restes de Charles.

— C’est une hérésie ! Je nage en plein cauchemar là !

— Arrêtez de vous monter la tête et écoutez-moi, intervint Marie-Chantal. Je vous dis que je vous laisse les cendres ! Alors, prenez-les et cessons cette querelle stérile ! Ne pourriez-vous pas, pour une fois, arrêter de me voir comme une sombre mégère ?

— J’avoue que c’est difficile avec tous les tours pendables que vous m’avez fait subir en vingt ans de mariage ! Mais si vous êtes disposée à me traiter et à me parler convenablement, j’accepte de faire des efforts, et bien entendu, de recevoir l’urne… Je vous remercie pour votre geste.

J’avais envie de vomir rien qu’en disant ça : « Je vous remercie »… Mais bon, comme on dit, des fois il faut savoir prendre sur soi !

Comme d’un fait exprès, nous vîmes approcher un employé du crématorium qui tenait entre ses mains une belle urne en forme de vase, en bois précieux et décoré d’une fresque argentée à la feuille. En me rapprochant, je vis qu’elle avait poussé le vice jusqu’à faire inscrire « Avec tout notre amour » sur le pourtour du couvercle bombé. Où est-ce que j’allais bien pouvoir mettre ça ?

— Comme vous le voyez, j’ai pris ce qu’il y avait de mieux, se vanta ma belle-mère.

— Oui, je vois ça…

— C’est du bois tourné et décoré entièrement à la main. Une pièce rare et de belle facture. J’ai remué ciel et terre pour l’avoir dans les temps et je n’ai pas regardé à la dépense.

— Là n’est pas la question…

— Je suis sûre que Charles l’aurait beaucoup aimé.

Tu parles ! Une urne en laiton passe encore, mais en bois blanc ? Du bois précieux en plus ? Elle le connaissait vraiment mal !

Je la regardais, ne sachant pas quoi dire…

— Je n’aime pas parler d’argent, reprit-elle, mais sachez que j’ai offert à mon fils ce qu’il y a de mieux ! Cette petite merveille m’a quand même coûté mille trois cents euros hors taxe, ce n’est pas rien !

— Vous avez dépensé mille trois cents balles pour ça !

— Hors taxe, j’insiste !

— OK, donc vous avez dépensé grosso modo mille cinq cents balles pour une urne ?

— Oui, à quelques dizaines d’euros près.

Je restais interdite face à un achat aussi dispendieux… D’autant plus que Charles m’avait dit que s’il venait à décéder avant moi il souhaitait que l’on répande ses cendres dans le Golfe de Gascogne, là où il avait passé son enfance.

En toute logique, une fois les cendres parties voguer sur l’eau, je pourrais me débarrasser du truc… Oui, mais… Et si un jour la vioque demandait à voir l’urne…

Je n’eus pas le temps de réfléchir plus avant sur la question, car une nouvelle famille se présentait pour des funérailles. Nous devions laisser la place.

Mon avocat, qui avait préféré nous laisser discuter toutes les deux, et s’était éloigné de quelques mètres, nous laissant en compagnie de l’huissier qui continuait à prendre des notes, revint vers nous et proposa de me reconduire avec les enfants, à la maison.

Je me retournais vers mes beaux-parents, ne sachant quelle attitude adoptée. Devais-je leur serrer la main ? Avoir un geste « humain » envers ma belle-mère et l’embrasser ?

Heureusement Georges arriva à ce moment-là et, après un dernier regard, il entraîna Marie-Chantal vers la sortie la plus proche.

***

Dans la voiture qui nous ramenait vers le douzième arrondissement, je laissais mes pensées divaguer. Cette journée avait été vraiment horrible, mais bizarrement j’étais soulagée. J’avais récupéré mes gosses, assis sur la banquette arrière, et j’avais sur mes genoux les restes de mon mari…

Oh Charles… Mon Amour… J’aurai préféré que tu optes pour un enterrement en bonne et due forme, car maintenant, je ne sais pas si j’aurai un jour la force de me séparer de toi…

 

 

© Sabrina Richard – « Souviens-toi de nous ! »

Publié dans Chapitres

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Commenter cet article

morgane 20/04/2014 10:29

Voilou :o))))) J'ai rattrapé mon retard ^^ Bon ben j'ai adoré elle à de la répartie l’héroïne et l’écriture toujours aussi bien :o)))),ça va être dur de patienter jusqu'au 02 mai pour savoir la suite ;op Gros bisous la miss et à la prochaine :o))))

Sabrina Richard Auteur 20/04/2014 10:38

Oui, elle ne se laisse pas faire Valérie, et elle a bien raison ! Tu as vu comment est sa belle-doche ? Moi je lui rentrerai dans le lard pareil si la mienne était comme ça (heureusement, j'ai la chance d'avoir une BM super sympa).
En attendant le prochain chapitre, tu peux aller lire "Ma vie de femme (presque) parfaite" ;-)
Bisous et passe un très bon week-end.