Chapitre 7 - Et maintenant, je fais quoi ?

Publié le par Sabrina Richard Auteur

Deux jours plus tard, j’étais d’attaque pour me lever, et surtout pour demander des comptes à la vieille !

J’attrapais mon peignoir dans la salle de bains, l’enfilais par-dessus mon t-shirt et ma culotte (qui m’avaient enlevé mes fringues ?), et remontais le couloir en direction du salon où régnait un calme inhabituel.

Je le trouvais vide, tout comme la cuisine, les chambres des gosses et mon bureau. Bref, j’étais seule… Personne pour me dire quel jour on était, personne pour me demander comment j’allais.

D’aussi loin que je me souvienne, ça m’était rarement arrivé… Il y a toujours du bruit dans une maison, même quand les enfants sont à l’école et mon mari au boulot.

Mon mari…

Charles…

Revenue dans le salon je me laissais tomber sur le canapé et baissais les yeux sur la table basse où Charles avait posé le roman qu’il lisait depuis quelques jours.

J’attrapais le bouquin, le portais à mon nez pour en sentir l’odeur, le parcourais jusqu’à trouver le marque-page où il avait stoppé sa lecture, et parcourais quelques lignes sans en comprendre le sens, vu que mes yeux s’étaient remis à pleurer et que je voyais tout flou.

Je reposais le livre et restais là, les mains croisées sur mes genoux, à écouter le tic-tac de l’horloge de la cuisine égrener les secondes, me rappelant que, quoi que je fasse à partir de maintenant, je serais à jamais veuve.

Après une demi-heure d’hébétude, je décidais de me secouer un peu et attrapais mon portable pour téléphoner à ma belle-doche.

Elle décrocha à la troisième sonnerie.

J’étais prête à parier que, vu que mon nom apparaissait grâce à son identificateur d’appel, la vieille se demandait si elle devait, ou non, prendre mon appel.

Comment ça, je suis parano ? Ça se voit que vous ne connaissez pas ma belle-mère !

— Bonjour Valérie.

Tenez, vous voyez bien qu’elle savait que c’était moi au bout du fil.

— Bonjour Marie-Chantal. J’aimerai savoir où sont mes enfants !

— Je vois que vous avez repris du poil de la bête et que votre amabilité envers moi est toujours aussi… délicieuse… rétorqua-t-elle.

— Être aimable n’est pas ma priorité pour le moment. Où sont mes gosses ? lui balançais-je en retour.

— Vous vous doutez bien que je ne les ai pas envoyés à l’école, malgré le fait que nous soyons lundi. Les petits ne sont pas encore prêts. Ils ont besoin de calme et de repos afin de retrouver leurs marques.

— Je répète une dernière fois ma question ! Où sont mes gosses ?

— Ils sont avec moi, bien sûr. Vous n’imaginiez quand même pas que j’allais les laisser seuls avec une mère hystérique ?

— Moi, je suis hystérique ? Vous n’avez encore rien vu ! Je veux que vous rameniez Laura et Sam immédiatement !

— C’est hors de question, ma petite, tant que vous n’aurez pas repris vos esprits, mes petits-enfants resteront ici, dans un foyer stable et sain pour leurs jeunes esprits.

— Qu’entendez-vous par là ? Vous comptez les garder combien de temps ? lui demandais-je, anxieuse.

— Le temps qu’il faudra…

Je me levais d’un bond du canapé et remontais le couloir en direction de mon bureau, tout en continuant à fulminer.

— Vous avez dit que c’était lundi aujourd’hui… Qui s’est occupé de Charles ?

— Son père est allé reconnaître le corps à la morgue. C’est votre médecin, cet homosexuel que vous fréquentez, qui l’a accompagné. D’ailleurs, si je peux me permettre, je pense sincèrement que ce Bob exerce une influence malsaine sur les enfants. Vous comprenez mon point de vue, j’en suis sûre. Les homosexuels, malgré tout le bien que certains pensent d’eux, sont des êtres contre nature et il est primordial d’éloigner Laura et surtout Sam, de ce genre de personnes !

Je venais de mettre la main sur le paquet de clopes et le briquet que je planquais dans un de mes tiroirs, lorsque j’entendis son infâme litanie.

J’allumais une cigarette, aspirais une bonne bouffée, comptais mentalement jusqu’à dix afin d’essayer de garder mon sang-froid puis je donnais l’estocade.

— D’abord vous kidnappez mes gosses, vous me traitez d’hystérique puis vous insultez mes amis ! Vous vous foutez vraiment du monde !

— Et voilà… J’étais sûre que vous alliez en faire toute une histoire. Sincèrement ma petite, il faut vous faire soigner !

— C’est donc ça votre stratégie ? Vous voulez me faire interner ? Vous pensez que je ne suis plus capable de m’occuper de mes enfants ? Mon mari, votre fils, vient de mourir dans un accident et vous en profitez pour mettre vos griffes sur mes gosses et m’éjecter de leur vie ? Vous êtes machiavéliques ! grondais-je.

— Tout ce que nous voulons, leur grand-père et moi, c’est leur bien-être. Si les éloigner temporairement de vous, leur permet de mieux appréhender la difficile période de deuil à laquelle ils sont confrontés, alors oui, je pense qu’il est de mon devoir d’intervenir.

— Ça ne se passera pas comme ça, vous pouvez me croire !

— Pour le moment, vous n’y pouvez rien, je le crains. Vous avez une foule de choses à gérer et vous allez être bien contente d’avoir du temps libre pour vous en occuper. Enfin… j’ai bien sûr pris les devants, c’est normal après tout, Charles était mon fils. Pour votre information, les funérailles auront lieu demain matin, au cimetière du Père-Lachaise. La crémation est prévue à dix heures, j’imagine que vous serez des nôtres. Je vous envoie par mail le faire-part que j’ai fait paraître dans la presse, vous y trouverez toutes les informations utiles pour vous rendre au crématorium. Je dois maintenant vous laisser, c’est l’heure du déjeuner et Georges et moi emmenons les enfants au restaurant. Ensuite nous irons leur trouver des tenues pour demain, il est hors de question qu’ils assistent aux funérailles de leur père avec les vêtements qu’ils portent habituellement, ce ne serait pas convenable. Nous ne serons pas de retour avant la fin de la journée, mais si vous souhaitez me rappeler, afin de présenter vos excuses pour votre comportement, par exemple, vous pouvez laisser un message sur mon répondeur. Et, pour votre information, j’ai confisqué les téléphones des enfants, il est donc inutile d’essayer de les joindre pour leur faire entendre vos jérémiades. Comme je vous l’ai dit, ils ont besoin de calme. Vous pourrez leur parler demain avant la cérémonie, si vous le souhaitez.

Un déclic résonna à mon oreille… La belle-doche venait de me raccrocher au nez !

J’étais sur le cul ! En cinq minutes elle m’avait écrasée, anéantie, pris mes gosses et m’empêchait de leur parler, annoncé qu’elle avait tout organisé pour les funérailles de mon mari, sans me consulter en plus, et par-dessus le marché, elle demandait des excuses !

Alors là… Je devais reconnaître qu’elle était très forte, elle l’avait toujours été cela dit, mais là, elle atteignait des sommets.

Je recomposais son numéro pour lui dire ma façon de penser, mais bien entendu, je tombais sur sa messagerie. Je raccrochais, furieuse, et balançais mon portable sur le bureau.

Ma clope avait fini par s’éteindre, je la laissais tomber dans un mug rempli de café froid et rance et j’en rallumais une, histoire de mettre mes idées au clair et d’établir un plan.

Mon avocat, il faut que j’appelle mon avocat !

 

***

 

— Cabinet de Maître Rubin, bonjour, fit la voix chantante de la secrétaire.

— Bonjour, je souhaiterai lui parler s’il vous plaît, c’est madame Lambert.

— Je suis désolée, mais il est au Palais toute la journée, ainsi que demain, mais si vous voulez bien me laisser votre message, ainsi que vos coordonnées, je les lui transmettrai et il vous rappellera dès que possible.

— Vous avez déjà mon numéro. J’ai un gros problème, ma belle-mère a pris mes enfants, elle dit que je suis un danger pour eux, elle a même été jusqu’à organiser les funérailles de Charles sans m’en parler avant.

— Les funérailles de qui ?

Je laissais échapper un sanglot et voulus sortir un kleenex du paquet posé devant moi, mais mes deux mains étaient prises, l’une par le téléphone, et l’autre par la clope sur laquelle je tirais nerveusement.

— De mon mari ! Il a eu un accident samedi matin !

Les larmes coulaient sans que je les essuie, et se mêlaient à une petite goutte de morve qui venait de faire son apparition au-dessus de ma lèvre supérieure.

— Je suis sincèrement navrée de l’apprendre, madame Lambert. Je vous présente mes plus sincères condoléances pour le deuil qui vous frappe, me répondit-elle d’une voix douce.

— Je vous remercie, c’est très gentil de votre part.

— Je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que Maître Rubin vous téléphone lorsqu’il rentrera ce soir de son audience, vous pouvez compter sur moi.

— Merci…

— Vous souhaitez ajouter quelque chose ?

— Non… Je vais raccrocher maintenant, j’ai besoin de faire le point…

— Comme vous voulez, madame Lambert. Je vous souhaite bon courage.

Je raccrochais après l’avoir salué et restais là, le téléphone à la main, à regarder par la fenêtre les voitures qui filaient sur le Cours de Vincennes.

Ce n’est que lorsque le mégot de ma clope commença à me brûler les doigts que je repris conscience.

En l’espace d’une semaine, ma vie avait pris un virage à cent quatre-vingt degrés. De future divorcée, j’étais devenue veuve, ma belle-mère me détestait, et une petite voix dans ma tête me susurrait que j’allais en baver.

Je n’avais que deux solutions devant moi : sois je me laissais aller et sombrais lentement dans une bonne grosse dépression nerveuse, soit je me secouais et décidais de me battre.

La première solution était la seule que je pouvais envisager pour le moment, n’ayant ni la force ni le courage d’affronter la situation pour le moment.

J’écrasais ma cigarette dans le mug et repartais me coucher… Demain serait un autre jour, et il me faudrait une volonté titanesque pour survivre à ce qui m’attendais…

 

© Sabrina Richard – « Souviens-toi de nous ! »

Publié dans Chapitres

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Commenter cet article

morgane 29/03/2014 10:03

Je viens de rattraper mon retard , et j'ai dévoré hier soir les chapitres 5,6 et 7 :o))))) Oui, oui dévoré ^^ L’écriture est agréable,l'histoire bien menée se lit avec enthousiasme :o))) Bon bien je le dit à nouveau : la suite ;la suite :o)))))) Bon week end et gros bisouuuuus la miss :o))))))

Sabrina Richard Auteur 29/03/2014 10:08

Coucou Morgane,
Oh ben effectivement tu avais beaucoup de retard lol Mais tu as bien fait de lire plusieurs chapitres d'un coup, comme ça tu as eu de quoi faire ;-)
Merci beaucoup pour tes jolis compliments, cela me va droit au cœur, t'es un Amour !
Tu vas très bientôt pouvoir découvrir un autre roman, que j'écris en parallèle. Il s'agit de "Ma vie de femme (presque) parfaite".
Toutes les infos sont ici :
https://www.facebook.com/maviedefemmepresqueparfaite
N'hésite pas à venir faire un tour sur la page et sur le blog (qui ouvre aujourd'hui), pour y découvrir pleins d'anecdotes sympas ;-)
Bisous et à très vite.